Nous ne nous prenions pas pour des héros puisque, tout simplement, nous ne pouvions pas faire autrement.

Lorsque j’ai vu la première étoile jaune sur une poitrine juive, j’ai su que de ma vie entière je ne douterai pas de la justesse de mon engagement

Certainement, nous étions au meilleur de nous-mêmes. Dans une harmonisation de nos forces physiques, morales, mentales, spirituelles pour quelques-uns, mises sans réserve au service d’une cause indubitablement juste.

La première révélation que nous avons eue sur nous mêmes, c’est que – aussi sauvage, orgueilleux et égoïste que nous soyons – nous ne pouvons pas nous passer des autres.

N’est-ce pas la fraternité des camps qui nous a permis de nous réchauffer un peu, et la possibilité de s’oublier parfois pour les autres qui nous a mutuellement préservés de la dégradation ?

Je me souviens aussi qu’en tant que peintre, j’ai senti le passage de la beauté au milieu de la sordide laideur ambiante. […] c’était un immense tableau hors du temps, hors de l’espace, une abstraction, une fresque où se manifestait en milliers d’exemplaires la beauté de la Création.

Pour moi, je n’ai plus en mémoire, comme en prison, le lent déroulement des jours et des faits, mais plutôt des flashs, des images violentes, des scènes inoubliables, des moments saisissants et surtout, très fortement, le souvenir de moments intérieurs ineffaçables, de ceux qui désormais sont la partie la plus profonde de mon être.

J’avais touché là quelque chose en moi d’indestructible que même la fureur dévastatrice des nazis ne pouvait entamer. C’était bien au-delà d’une consolation, c’était comme une promesse.

Dans le plus total dénuement, au seuil du néant et du désespoir, il m’a été donné de sentir avec une lumineuse évidence que ma vie participait à une vie infinie.

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